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Les Balades Fertiles

Qui suis-je ?

Je m’appelle Marieke et je suis née à Cherbourg, dans le Cotentin. J’ai grandi, comme mes aïeux, au cœur de cette presqu’île bercée par les embruns, façonnée par les éléments et vivant au gré des marées. Bref, un pur produit t’cheu nous ! 

J’ai eu la chance de réaliser mes études dans d’autres jolis coins de la France, et je peux donc le dire, sans trop passer pour une chauvine : je suis toujours autant fascinée par les paysages singulier et l’âme de mon Cotentin natal, qui ont tant à raconter. 

De nature curieuse et créative depuis mon plus jeune âge, ce que j’aime par dessus tout c’est regarder le monde avec émerveillement, comme à travers les yeux d’un enfant. Cette philosophie de vie m’a amené à m’interroger et repenser nos rythme de vie ainsi que nos manières de voyager, façonnés par notre société. Elle constitue la trame de fond de mes visites guidées. 

Le poète et l’enfant ont en commun la faculté de se laisser surprendre et de découvrir de la beauté en toute chose. Contrairement aux adultes, ils n’ont pas besoin de se forcer pour reconnaître cette évidence que nous méconnaissons le plus souvent : la poésie est au coin de la rue. 

                                                                          Rémy Oudghiri

Prendre le temps de ralentir

Il y a quelques années, un burn-out m’a appris une chose que je n’avais pas vue venir : j’avais oublié d’habiter mon corps. La pratique du yoga et du pranayama, la respiration consciente, a été ma première école du ralentissement. Revenir aux sensations. Lâcher ce que l’on contrôle. Laisser le souffle faire son travail. Laisser la pluie tomber sans y résister.

Quand j’ai découvert le Microvoyage de Rémy Oudghiri, j’ai eu cette sensation étrange et apaisante : quelqu’un avait mis des mots sur quelque chose que je vivais déjà sans le formuler. Marchant dans les pas des surréalistes, de Rousseau, Baudelaire, Giono ou encore Jaccottet, Oudghiri défend une idée simple et radicale à la fois : il ne s’agit pas de voir, mais de vivre. Le microvoyageur ne cherche pas à fuir un quotidien ennuyeux, voire même le cherche-t-il car il sait observer le beau dans le banal. Il est en quête d’un contact direct avec la réalité, à être vivant et présent au monde. 

Sensible… s’acharner à être sensible, infiniment sensible, infiniment réceptif. Toujours en état d’osmose. Arriver à n’avoir plus besoin de regarder pour voir.

                                                                                                                        Rémy Oudghiri

Ce que le yoga m’avait enseigné sur le tapis, le microvoyage me l’offrait dehors. Deux chemins vers la même chose : le retour au corps, à la pleine conscience, aux ressentis. 

Il y a un moment que je connais bien maintenant, et que je cherche à offrir lors de chaque balade : celui où je m’arrête, où je m’assieds sur un rocher, une souche, un talus. Dès lors, un monde presque invisible s’ouvre, ma respiration se fait plus lente, plus apaisée : la fourmi, l’oiseau, le nuage, le papillon. Le paysage n’est plus un simple décor : il prend vie. C’est ce qu’Oudghiri appelle l’état second. Selon Gustave Roud, c’est un « instant d’extase indicible où le temps s’arrête, où le chemin, les arbres, la rivière, tout est saisi par l’éternité. » 

La nature comme meilleure enseignante

Je ne passe pas une journée sans mettre le nez dehors. Ce n’est pas une discipline, c’est un besoin, presque physiologique. Et la science me donne raison.

Le shinrin-yoku, littéralement « bain de forêt », pratique née au Japon dans les années 1980, a démontré scientifiquement ce que les marcheurs intuitifs savent depuis toujours : le contact avec la nature active le système nerveux parasympathique, celui du repos et de la récupération, et met en veille le sympathique, celui du stress et de la réaction d’urgence. Les travaux du Dr Qing Li et du professeur Yoshifumi Miyazaki ont mesuré des baisses significatives de cortisol, une amélioration du sommeil, et un renforcement de l’immunité après seulement quelques heures en milieu naturel. L’effet de l’eau, du chant des oiseaux, de la couleur verte sont autant de thématiques fascinantes à étudier. 

Mais au-delà de la biologie, la nature stimule l’imaginaire et est une enseignante de philosophie : la mer, miroir de nos émotions à la fois tranquilles et tempétueuses, souvent imprévisible, nous invite à accepter les vagues de la vie sans lutter contre leurs courants, à lâcher prise pour s’en faire des alliés, au risque de se noyer. Les saisons rappellent que rien n’est permanent et que chaque cycle a sa beauté propre. Et si le soleil réchauffe et apporte joie, énergie, et abondance, la tempête fais le grand ménage, emportant avec elle les choses trop encombrantes, un chaos fertile pour repartir sur nouvelles bases et laisser place au renouveau.

Il m’arrive parfois de penser que je ne suis pas une femme ; que je suis le rayon de soleil qui éclaire cette barrière, ce coin de sol. Il m’arrive parfois de penser que je suis les saisons, le mois de janvier, le mois de mai, le mois de novembre : que je fais partie de la boue, du brouillard et de l’aube. 

                                                                                                        Les Vagues, Virginia Woolf

Raconter l'Histoire autrement

Sortir des sentiers battus, ce n’est pas seulement choisir un chemin moins fréquenté. C’est aussi choisir un autre angle de lecture du territoire. Les grands récits historiques ont tendance à retenir les noms qui brillent : les bâtisseurs, les conquérants, les figures officielles gravées sur les monuments. Mais un territoire, c’est d’abord une accumulation de vies ordinaires : le marin qui rentrait à l’aube, la dentellière dont les mains ont traversé les siècles, le paysan qui anticipait les phénomènes météorologiques avant même qu’ils ne surviennent. Ce sont ces existences-là, discrètes et profondes, qui donnent à un lieu son âme véritable.

C’est ce que j’aime chercher en préparant mes balades : non pas la carte postale, mais quelque chose de plus profond, authentique, vrai. Parce qu’une histoire même anonyme, touche à quelque chose d’universel. Elle nous rappelle que nous sommes, nous aussi, des passants dans un long récit collectif et diversifié, un écosystème fragile, que nous nous devons de préserver pour les générations à venir. 

Les Balades Fertiles sont nées de cette conviction : voyager réside dans l’art de poser un autre regard. Nul besoin de partir loin. Le Cotentin, avec ses lumières changeantes, ses côtes, ses terres intérieures méconnues, est un terrain d’émerveillement inépuisable, à condition de savoir s’y arrêter.