
Partir en vacances n’a pas toujours été possible pour tout le monde.
Aujourd’hui, les chiffres donnent le vertige :
S’il n’est pas question de refermer la porte que les congés payés ont ouverte, ces chiffres posent une question que l’on ne peut plus éviter : comment voyage-t-on, et à quel prix pour nous et notre planète ?
* Agence De l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie

Le tourisme de masse se caractérise par des flux importants de voyageurs concentrés dans l’espace et dans le temps, portés par une logique de standardisation de l’offre.
Ainsi, le tourisme est qualifié de masse dès lors qu’il :
Ce modèle a permis à des millions de personnes d’accéder à l’expérience du voyage et soutient des économies locales entières. Il serait simpliste et injuste de le condamner en bloc.
Néanmoins, ses impacts sociaux et environnementaux sont aussi documentés et de plus en plus visibles. En effet, à la pollution des transports s’ajoutent les pressions sur les territoires les plus fréquentés : artificialisation des sols, érosion des littoraux, saturation des axes de communication, perte d’identité des villages, hausse des prix du logement pour les habitants permanents. Barcelone, Venise, Dubrovnik sont autant de villes qui ont vu leurs habitants lutter contre le tourisme de masse. Ce phénomène a même un nom : la tourismophobie.
Pour répondre aux dégâts du tourisme de masse, le concept de tourisme durable est né avec une promesse forte : voyager mieux, en respectant la nature et les habitants. Mais dans la réalité, cette belle idée a ouvert la porte à des dérives : le greenwashing (ou blanchiment écologique). Beaucoup d’acteurs du secteur ont compris que le « vert » faisait vendre.
C’est précisément l’analyse que développe le géographe Rémy Knafou dans son ouvrage Réinventer (vraiment) le tourisme (2023). Selon lui, le modèle actuel de tourisme durable présente des limites structurelles importantes :

Si Rémy Knafou pointe l’hypocrisie d’un « tourisme durable » qui ne serait que marketing sans remise en question structurelle, Rodolphe Christin, dans son Manuel de l’anti-tourisme, va plus loin en interrogeant la logique même du départ compulsif. Non pour nous culpabiliser de voyager, ils invitent à une question plus subtile : qu’est-ce qu’on cherche vraiment quand on part ?
Car en effet, au-delà des stratégies marketing des entreprises du secteur, le vernis écologique du voyage cache parfois une autre réalité, plus intime : le greenwashing individuel des voyageurs eux-mêmes. En cherchant à fuir l’étiquette du « vilain touriste de masse », de nombreux voyageurs s’autoproclament adeptes du slow tourisme ou de l’immersion authentique, tout en continuant à utiliser des transports polluants comme l’avion. Cette quête d’exotisme se traduit souvent par un regard paternaliste sur les populations locales, résumé par le fameux cliché : « ils n’ont rien mais ils ont le cœur sur la main ». En sociologie, ce comportement est analysé comme un héritage inconscient de l’époque coloniale, où l’on venait observer l’altérité pour remplir son propre « cabinet de curiosités ». Le voyageur moderne court ainsi le risque de consommer une relation humaine fantasmée pour se donner bonne conscience, un phénomène que l’on observe d’ailleurs rarement lorsque l’on voyage dans des pays occidentaux, où le rapport de force économique est plus équilibré.

Le mouvement Slow naît en 1986 avec Carlo Petrini et la Slow Food, en réaction à l’ouverture d’un McDonald’s à Rome. L’idée centrale est de privilégier la qualité, l’ancrage local et la convivialité, à rebours de la standardisation et la consommation massive et rapide. Ce mouvement a progressivement essaimé vers d’autres domaines (slow design, slow city, slow work, etc) avant d’atteindre le voyage, avec pour élément déclancheur première la pandémie du Covid-19, qui a éloigné bon nombre de vacanciers du tourisme de masse.
La pandémie, en stoppant net les flux touristiques mondiaux entre 2020 et 2021, a provoqué une prise de conscience inattendue : sans touristes, certains littoraux ont retrouvé leur souffle, les animaux ont réinvesti les espaces, les habitants ont redécouvert leurs propres lieux de vie. Et de nombreux voyageurs, privés de l’avion et des hôtels, ont découvert ou redécouvert la richesse de leur territoire proche.
En France, c’est l’ADEME qui a contribué à formaliser la notion dans le cadre du Fonds Tourisme Durable, lancé dans le plan France Relance. L’ADEME propose la définition suivante : « le slow tourisme et l’éco-tourisme sont deux formes émergentes du tourisme responsable ».
La différence entre les deux ? Le slow tourisme ne se limite pas à la dimension écologique : « la notion d’identité du territoire est très forte dans le slow tourisme, il ne s’agit pas de faire des activités qu’on pourrait dupliquer n’importe où. »
Le slow tourisme est un choix. Il s’articule autour de quatre piliers fondamentaux : l’expérience sensorielle, les temporalités choisies, la mobilité bas carbone et la protection patrimoniale. Concrètement, cela se traduit par :
Le slow tourisme n’est pas un sacrifice. C’est souvent, au contraire, une expérience plus riche, plus mémorable et plus ressourçante que le voyage formaté.
Pour le voyageur, il offre une capacité d’attention et une vraie déconnexion, pas seulement des écrans, mais du rythme effréné du quotidien. Il favorise une présence à soi et aux autres. On privilégie la découverte approfondie d’un lieu à la collection superficielle de destinations, et les souvenirs n’en sont que plus beaux !
Pour les territoires, il représente une forme de tourisme plus équitable : la consommation en « circuit court » permet que l’argent dépensé bénéficie directement à l‘économie locale. Puisque ce mode de voyage s’organise souvent en dehors des zones ultra-touristiques et des périodes de grande affluence, il permet de faire vivre les territoires toute l’année et d’éviter le phénomène de saturation. Le slow tourisme redonne également de l’attractivité à des zones rurales, souvent oubliées par les grands circuits traditionnels.
Pour l’environnement, les mobilité douce permettent de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre. En limitant la concentration de personnes au même endroit au même moment, le slow tourisme réduit la pression sur la biodiversité locale, et permet au voyageur de développer une conscience écologique accrue, en plus d’un sentiment de bien-être et de plénitude qu’il ramène souvent chez lui dans son quotidien après le voyage.
Alors, prêt.e.s à sauter le pas ?
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